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INITIATION EN CHRIST


Réflexions œcuméniques
et enseignement commun
pour la préparation au baptême


Commission foi et témoignage
Conseil canadien des Églises

Introduction
  1. Au commencement était le Monde: sa bonté et sa laideur
  2. L'initiative de Dieu dans le monde: réconciliation et plénitude
  3. De la mort à la vie: se tourner vers Dieu
  4. Devenir le peuple de Dieu: initiation dans le Corps du Christ
  5. Baptisés de l'eau et de l'esprit: appelés à une vie nouvelle
  6. Perspectives confessionnelles
Membres participants de la Commission foi et témoignage


Introduction

Histoire du projet
En septembre 1975, cinq Églises chrétiennes du Canada annoncèrent qu'elles étaient parvenues à un accord et que chacune d'entre elles reconnaîtrait désormais la validité du baptême conféré par les quatre autres selon les normes en vigueur. Cette décision ne faisait que refléter le consensus attesté de plus en plus clairement par des documents comme l'étude One Lord, One Baptism du Conseil œcuménique des Églises (1960), le rapport sur le baptême de la Conférence foi et constitution tenue à Montréal en 1963, ainsi que la Constitution pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps (1965) et le Décret sur l'œcuménisme (1964) du Concile Vatican II. Ces textes, et bien d'autres encore, mettent en valeur la signification œcuménique du baptême et affirment qu'il ne saurait être conféré qu'une seule fois. La réflexion qu'ils supposent amena un certain nombre de conseils d'Églises, de conférences épiscopales et de groupes mixtes de travail à faire, au cours des années 1970, des déclarations sur la reconnaissance mutuelle du baptême. Le British Council of Churches, qui considérait cette reconnaissance comme un pas vers l'unité chrétienne, l'approuva et proposa l'adoption d'un certificat de baptême commun afin de favoriser ce mouvement et de réduire le nombre de baptêmes conférés sous condition ou une seconde fois.

Au Canada, à la requête du groupe mixte de travail du Conseil canadien des Églises (CCE) et de la Conférence des évêques catholiques du Canada, la Commission foi et témoignage entreprit une étude œcuménique du baptême et, en 1972, envoya aux Églises un rapport contenant deux propositions :
  1. que le baptême d'eau accompagné de la formule trinitaire soit accepté comme valide ;
  2. qu'un certificat de baptême commun soit adopté.
Cette proposition fut approuvée en 1975 par les Églises unie, presbytérienne, luthérienne, anglicane et catholique romaine, mais il leur fut impossible par la suite de s'entendre sur une forme commune de certificat de baptême et, en 1980, le groupe mixte de travail en recommanda l'abandon.

La discussion œcuménique sur le baptême fut relancée en 1982 par la publication de l'étude Baptême, eucharistie et ministère (BEM) effectuée par la commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises. Alors que de nombreuses Églises canadiennes se préparaient à réagir à ce document, la commission Foi et Constitution du CCE décida d'organiser une consultation au mois de novembre 1985 pour savoir quelles seraient les implications pastorales et pratiques si l'on décidait de reconnaître le BEM comme l'expression de " la foi de l'Église à travers les âges ". On demanda aux participants d'aborder les questions posées autant sous l'angle pratique qu'en fonction des positions théologiques énoncées. Compte tenu de l'accord réalisé sur la signification et la pratique du baptême, on proposait à la commission, comme un travail à entreprendre, l'élaboration d'une catéchèse commune sur le baptême.

Au printemps 1986, la Commission foi et témoignage commença à travailler sur ce nouveau projet. En un premier temps, on compara les liturgies baptismales de huit Églises membres pour en identifier les points communs et les éléments de divergence. Cette étape fut suivie de discussions sur l'expérience, l'interprétation biblique et les points théologiques d'accord et de divergence. En mai 1988, à l'assemblée triennale du CCE, des ateliers examinèrent les grandes lignes et quelques sections d'une ébauche de texte. Les commentaires et les suggestions des participants furent incorporés dans le présent document.

Le présent document
Au cours de sa réflexion, la commission a dégagé un certain nombre de points communs sur l'Écriture, la théologie et l'expérience de vie ; on trouvera dans le présent document ces éléments, qui peuvent aider à la préparation des candidats à l'initiation au Corps du Christ. Le texte est divisé en cinq sections. Chacune d'elles comprend une discussion sur l'expérience humaine, une étude du témoignage biblique, des éléments de réflexion et des questions d'approfondissement. De plus, dans la dernière section, les membres de la commission Foi et Témoignage présentent brièvement la manière propre à leur tradition d'envisager le baptême et l'initiation chrétienne.

Suggestions d'utilisation
On pourra utiliser ce document :
  • pour aider les personnes qui envisagent de demander le baptême pour elles-mêmes ou pour leurs enfants, ou qui font une profession de foi personnelle ;
  • pour nourrir la réflexion et le dialogue œcuméniques à l'intérieur de la communauté ;
  • pour animer des sessions d'étude en cinq étapes pour des groupes, paroissiaux ou autres ;
  • comme base pour une retraite à l'occasion du Carême ;
  • comme le chapitre sur le baptême dans une préparation à la confirmation ou une démarche catéchétique ;
  • avec les personnes se préparant à renouveler leurs promesses de baptême ;
  • pour aider les pasteurs dans la préparation au mariage et au baptême ;
  • pour aider les professeurs d'éducation religieuse au niveau secondaire.
Dans plusieurs cas, cette brochure sera utilisée à l'intérieur d'un petit groupe de discussion. Voici quelques suggestions pour faciliter l'animation d'un groupe d'adultes.

Les adultes apprennent en faisant le lien entre l'information nouvelle et ce qu'ils connaissent déjà. Ils n'apprennent que ce qu'ils peuvent intégrer dans leur vie ou leurs projets d'avenir. C'est pourquoi les questions, à la fin de chaque section, invitent à une réflexion approfondie sur les expériences passées, les espoirs et les attentes pour l'avenir.

La formation de groupes d'étude sera influencée par cette méthode d'apprentissage par association.

Tout d'abord, les adultes doivent avoir la possibilité de faire le lien entre l'information nouvelle et leur propre expérience. La lecture, par elle-même, n'est pas suffisante. Les adultes apprendront mieux s'ils ont la possibilité d'échanger dans des groupes restreints, où ils se sentent assez à l'aise pour partager leurs expériences et faire le lien avec les nouveaux éléments qui leur ont été présentés.

Deuxièmement, plusieurs adultes se sentent menacés par de nouveaux apprentissages. S'ils doivent les intégrer dans leur vie, les nouvelles connaissances peuvent entrer en conflit avec des idées déjà reçues. C'est pourquoi les adultes doivent apprendre dans un environnement non menaçant, où les expériences et les opinions de chaque personne sont accueillies sans être jugées.

Le rôle du leader
Le leader doit donner l'exemple. Il doit tout d'abord favoriser un environnement où les gens sont accueillis et non pas laissés à eux-mêmes.

L'ouverture d'une réunion est un moment très important. Chacun doit se sentir à l'aise. Un climat de confiance peut être établi par un chant ou par des jeux et des activités permettant de se connaître. Un café et un dessert sont toujours appréciés. Un remue-méninges est un bon moyen de faire participer les gens sans qu'ils aient peur d'être ridiculisés. Quelle que soit la méthode employée, rappelez-vous que les membres d'un nouveau groupe ont besoin de temps pour se sentir bien ensemble - de même, dans les sous-groupes de discussion qui sont formés.

Il est particulièrement important d'appliquer les principes qui viennent d'être mentionnés lors d'une conférence ou d'une présentation de nouvelle information. Si le leader présente des principes abstraits ou des généralités, ou fait référence uniquement à l'expérience de personnes étrangères au groupe, les participants et les participantes feront comme lui. Ils ne pourront jamais faire le lien entre le message et leur propre vie. C'est pourquoi il est essentiel que le leader prenne le temps de réfléchir à ses propres expériences et soit prêt à les partager avec le groupe.

I

Au commencement était le monde :

Sa bonté et sa laideur

Réflexion sur l'expérience humaine

Aspects contradictoires du monde
La signification du monde est ambiguë et contradictoire, comme permet de le constater la vie quotidienne. Nous avons sous les yeux de nombreux exemples de la bonté du monde : dans la nature et ses paysages changeants, qui nous charment par leur beauté ; dans la musique, qui nous transporte par ses rythmes variés ; dans les relations humaines, source d'amour et de réconfort ; dans la gentillesse d'un étranger, qui nous donne du courage sur le chemin. Dans tout cela, on retrouve un aspect de la joie de Dieu devant la bonté de sa création. Mais en même temps, le monde nous frappe par sa laideur et sa violence. Les déchets toxiques menacent son équilibre et son existence, une partie de ses habitants meurt de faim au milieu de l'abondance, des régimes puissants répriment sauvagement ceux qui aspirent à la liberté et à la justice. Des foyers sont brisés, des femmes battues, des enfants victimes d'abus.

Un coup d'œil sur l'histoire, sur l'actualité et sur notre milieu suffit à nous convaincre que les êtres humains n'ont jamais réussi à bâtir une communauté parfaite. Les meilleures de leurs entreprises tournent court. Leurs bonnes intentions n'arrivent pas à se matérialiser. Le progrès et la bonne volonté se heurtent à leur incapacité de persévérer dans la voie de la vraie générosité. C'est pourquoi, dans le monde bon que Dieu a fait, la corruption persiste, apparemment pour toujours.

Les chrétiens et le monde
La Bible affirme la bonté de la création, sans pour autant masquer la pénible déformation qu'elle a subie. Selon l'Écriture, l'humanité a manqué son but, elle a trahi les intentions de son créateur. Deux traits caractérisent les êtres humains : l'aliénation et l'hostilité face à Dieu et à eux-mêmes. Trahir les intentions de Dieu, c'est ce qu'on appelle pécher. Selon la Bible, le péché dépasse la somme totale des méfaits individuels ; il a le pouvoir d'asservir la vie humaine. Cependant, les êtres humains ne sont pas seulement victimes du péché, ils y contribuent.

C'est cette réalité que l'Église a essayé de décrire en parlant du péché originel. Chaque nouveau-né entre dans un monde fait par Dieu, appelé à vivre pour lui et par lui. Pourtant, ce même monde est corrompu et déséquilibré par le péché ; le péché existe partout, et les êtres humains en souffrent - ils souffrent de relations moins que parfaites, de privations de toutes sortes, de la participation à des institutions corrompues. En un sens, même le nouveau-né commence à mourir.

Cependant la vision chrétienne de la réalité ne se borne pas à constater l'existence du péché. Pour le chrétien, Dieu s'est identifié à la condition de l'humanité et du monde. Il a, en Jésus Christ, pris sur lui la souffrance de l'humanité et vaincu le péché. Dieu est entré dans la condition humaine et lui offre de la rétablir dans sa plénitude. Le repentir est possible. Les êtres humains sont appelés par Dieu à se libérer de l'esclavage du péché et à se tourner vers Dieu.

Pour les chrétiens, les convulsions de la création ne sont pas les derniers soubresauts d'un organisme dépassé et fatigué, mais plutôt les douleurs d'une nouvelle naissance. Dans le Christ, une nouvelle création voit le jour au milieu du mal et malgré lui. Les croyants trouvent en Dieu la force d'aimer, de chercher la justice, de prendre soin de notre univers dans l'attente ardente d'un monde nouveau où la justice divine sera totale et Dieu, pleinement manifeste. Dieu a fait de l'Église une communauté où peuvent se nouer de nouvelles et vraies relations dans l'espérance d'une création nouvelle. Bien sûr, l'Église en tant qu'institution humaine participe à la corruption du monde ; cependant, en tant que communion dans le Christ, elle offre à notre monde détraqué une vision de service mutuel et elle est dans ce monde le témoin de la bonté de Dieu.

Éléments de réflexion
  • Quand avez-vous expérimenté la bonté ou la satisfaction dans votre vie ?
  • Quand avez-vous expérimenté une brisure ou un conflit ?
  • Avez-vous une attitude différente envers Dieu selon que les choses vont bien ou mal pour vous ?
  • Quelle est votre contribution à la bonté du monde ?
  • Pouvez-vous identifier comment vous expérimentez ou contribuez au mal dans le monde ?
Le témoignage de la Bible

Écouter la Parole : les réalités contradictoires de la vie
Genèse 1 : Au moment de sa création, le monde est bon
Genèse 3-4 : Dès le début, les êtres humains vont à l'encontre du projet de Dieu sur eux et sur la création
Genèse 6 : La perversité humaine persiste
Genèse 11 : Les entreprises humaines tournent court à cause de l'ambition et de la discorde
Psaume 14 : Aucun être humain n'agit bien par lui-même
Psaume 31, 10-16 : Solitude du réprouvé de la société
Psaume 69, 1-22 : Souffrance de l'innocent assailli par les violents
Job 7 : Atrocité de la douleur personnelle
Isaïe 52, 13-53, 12 : Le serviteur de Dieu accepte de souffrir pour les péchés de la multitude
Romains 8, 18-23 : L'espérance de Dieu au milieu de la corruption

Raconter l'histoire : au commencement…
Au commencement… il y a Dieu. Mais il nous est impossible de parler de ces temps qui ont précédé la création des mondes. Il nous faut débuter à ce qui est, pour nous, le commencement, à l'époque où Dieu créa les éléments de la vie. Cette période, enveloppée de mystère, défie toute description, et la poésie, le chant et le récit sont peut-être pour nous les meilleurs moyens de l'exprimer. Ainsi avons-nous dans les chapitres 1 et 2 de la Genèse des récits poétiques... sur le commencement.

Ces récits nous parlent beaucoup. Ils nous disent que Dieu dirige le processus de création et que, sortie des mains de Dieu, la création est bonne : les choses, les animaux, et aussi les êtres humains, sont bons. Il suffit de voir avec quelle fréquence ce mot " bon " est répété au premier chapitre de la Genèse ! Parce que nous faisons partie de la création, qui est bonne, parce que, homme et femme, nous sommes faits à ce qu'on appelle l'image de Dieu, nous sommes, dès l'origine, destinés à être bons (Gn 1, 26).

Il y a beaucoup à apprendre de ces récits, mais avant d'aller plus loin, soulignons le rôle qu'y joue l'eau. En Genèse 1- peut-être un souvenir des inondations de la Mésopotamie -, l'eau couvre la surface de la terre, décrite comme un abîme. Dieu doit la maîtriser pour poursuivre la création, et elle continue de menacer la vie (Gn 1, 2 ; 6-10). Le deuxième chapitre de la Genèse contient un autre récit ; plus ancien que le premier selon de nombreux spécialistes, il a peut-être été transmis autour des feux de camp dans les oasis du désert. Ici, l'eau apparaît comme une nécessité de la vie. Elle surgit du sol de l'Éden en un fleuve qui se divise en quatre bras (Gn 2, 6). Dès l'origine, la vie et la menace de la mort sont présentes et sont toutes deux liées à l'eau.

Mais l'histoire se poursuit. Les êtres humains ne restent pas dans l'Éden. Le triste récit du chapitre 3 ne nous parle pas d'abord de pommes, mais de choix. Dès le début, les êtres humains ont fait de mauvais choix. Nous prétendons être ce que nous ne sommes pas.

Nous essayons d'être comme des dieux. Nos choix nous séparent de Dieu et dénaturent nos relations (Gn 3, 5-8). Nous sommes séparés de Dieu et du merveilleux jardin qu'il nous avait réservé (Gn 3, 22 - 4 ). L'histoire ne se termine pas là ; les mauvais choix se poursuivent, le mal se répand. Le meurtre apparaît, même entre frères (Gn 4), puis l'esprit de vengeance (Gn 5, 17-24), l'ambition démesurée (Gn 11) et une méchanceté si grande que Dieu en vient à souhaiter la destruction de l'humanité elle-même (Gn 6-8). Toutes nos relations - avec les autres, le reste de la création et Dieu lui-même - sont profondément perturbées.

La propagation du mal se poursuit ; le mal ne se limite pas aux onze premiers chapitres de la Genèse, mais est présent dans toute la Bible. Le meurtre, le vol, l'immoralité sexuelle et l'oppression sous toutes ses formes se rencontrent partout, même parmi les " justes " (voir par exemple l'histoire de David et de Bethsabée, 2 Samuel 11-12, ou le récit des relations entre le prophète Élie et le roi Achab et la reine Jézabel, 1 Rois 16-22). De plus, les relations avec Dieu continuent de se détériorer. Les êtres humains se fabriquent des idoles de toutes sortes : certaines sont la personnification de forces de la nature, d'autres la simple représentation ou projection de nous-mêmes.

Le mal n'est pas présent seulement dans la Bible. Il est à l'œuvre dans notre monde aujourd'hui même ; il nous suffit pour le constater de parcourir chaque jour le journal du matin. Parfois il est le fruit d'un choix conscient, parfois il semble surgir des profondeurs de nous-mêmes. Il n'est pas non plus uniquement personnel ou individuel. Il envahit tout ce que nous créons et toutes nos organisations. C'est ici qu'il nous faut introduire la séculaire notion biblique de « péché ». Nous nous représentons souvent le péché comme un acte mauvais, mais la Bible utilise fréquemment ce mot pour désigner quelque chose de plus fondamental, ce qu'il y a de détraqué ou de dérangé dans les êtres et les sociétés, et qui inévitablement se traduit par des méfaits. Quelquefois, dans les écrits de saint Paul, le péché est présenté comme un pouvoir dont nous sommes esclaves (voir en particulier Rm 7). Parce que nous sommes des êtres humains, nous connaissons tous le péché, soit que nous y participions, soit que nous en soyons victimes (voir les Psaumes 14, 31, 69 ; Rm 1, 19 - 3, 31). Nous vivons tous le sentiment de brisure et de vide que le péché nous impose.

Finalement, la Bible trace de nous un portrait assez ambigu. D'un côté, le psalmiste, parlant à Dieu de l'être humain, s'exclame : « Tu en as presque fait un Dieu : tu le couronnes de gloire et d'éclat » (Ps 8, 6). Par ailleurs, saint Paul, citant librement le psaume 14, s'écrie : « Il n'y a pas de juste, pas même un seul. Il n'y a pas d'homme sensé, pas un qui cherche Dieu. Ils sont tous dévoyés, ensemble pervertis. » Avec ceux qui ne voient de la condition humaine qu'un seul de ces aspects, nous seront à la fois en accord et en désaccord. À l'optimiste imbu du progrès, qui ne voit dans l'humanité que son bon côté et sa capacité de perfectionnement, nous opposerons un « oui, mais ». Et nous ferons la même réponse au cynique et au pessimiste. Car nous savons que dans l'humanité il y a beaucoup de bon et beaucoup de mauvais. La Bible met en valeur ces deux aspects de notre nature.

Éléments de réflexion
  • Avez-vous tendance à être pessimiste ou optimiste face aux gens que vous rencontrez, avec qui vous travaillez, etc. ?
  • Avez-vous des exemples qui illustrent le pouvoir d'asservissement du péché sur l'être humain ?
  • Où avez-vous déjà expérimenté le péché présent dans les institutions ou les sociétés ?
  • Où avez-vous vu des signes de bonté et d'espoir dans le monde ?
II

L'INITIATIVE DE DIEU DANS LE MONDE :

RECONCILIATION ET PLENITUDE

Réflexion sur l'expérience humaine

Notre aspiration à la plénitude
Dans les situations les plus désastreuses et les plus inquiétantes, une voix intérieure clame notre refus et notre indignation : cela ne devrait pas arriver ! Nous appelons la justice, le soulagement, quelque chose ou quelqu'un qui allège notre fardeau. Dans le désespoir, l'être humain cherche des signes d'espoir ; dans la mort, des possibilités d'une nouvelle vie. Cette aspiration à l'espoir au milieu même de la désespérance est profondément ancrée dans la culture et l'expérience humaines. Dans la plupart des sociétés, on trouve d'anciens récits sur l'émergence de la vie du milieu même de la mort. Les saisons de l'année sont généralement associées aux cycles de la vie et de la mort ; ainsi, le printemps est un réveil après le sommeil de l'hiver. Cependant, ce profond désir de renouveau ne peut effacer la crainte ou la souffrance provoquée par la perte de ce qui existe déjà.

Notre sentiment de perte et d'échec ne serait pas si intense s'il n'y avait en nous cette profonde aspiration à l'accueil et à la plénitude. Nous sommes continuellement à la recherche d'un sens, d'une explication nous permettant d'endurer la souffrance et de vivre dans l'espoir.

La vision chrétienne de la plénitude : la grâce
L'aspiration à la plénitude et son atteinte sont les fruits de la grâce, qui est Dieu lui-même se donnant gratuitement à une création incapable de se maintenir par elle-même. Par delà la division et l'isolement, Dieu nous offre une nouvelle relation faite d'amour, de sagesse et de vérité, un nouveau commencement fondé sur le pardon et la réconciliation dans le Christ. Les chrétiens croient que Dieu s'est identifié à la condition humaine dans le Christ, souffrant avec nous et pour nous. Ainsi, dépassant toutes les expériences humaines d'échec, Dieu nous invite à nous tourner vers la Trinité et à participer à sa vie. Mais les êtres humains ne peuvent ni gagner la grâce, ni l'exiger ; leur seul pouvoir est d'en tirer avantage.

Pour les chrétiens, le don suprême de Dieu, la plus grande manifestation de sa grâce, c'est la personne de Jésus, Parole de Dieu, Fils de Dieu. En assumant les réalités contradictoires de la vie humaine, Jésus a vaincu les forces du mal qui la corrompent, et il nous a libérés des chaînes de l'oppression forgées par le péché. Il s'est donné lui-même dans la vie et dans la mort, répandant son sang pour nous réconcilier avec Dieu et nous affermir continuellement par le don de l'Esprit Saint. Soutenus par cette grâce, les croyants sont capables de se tourner vers l'amour du Christ et de connaître l'accueil bienveillant de Dieu.

Dieu nous offre souvent sa grâce par l'intermédiaire de ceux qui en ont déjà fait l'expérience. L'Église, communauté de pécheurs repentants, transmet un message d'espoir et de foi, et proclame la Bonne Nouvelle de la plénitude retrouvée sous toutes sortes de formes : liturgie dans la communauté des croyants, étude de la Parole de Dieu, témoignage personnel tiré de l'expérience. Chacun est invité à faire partie de cette communauté et à prendre à son compte les promesses de l'alliance qu'elle garde. L'Église est une communauté d'alliance : Dieu a promis d'être fidèle, aussi l'Église promet-elle en retour de lui être fidèle. Même si certains croyants manquent à leur promesse, Dieu est toujours là et continue d'offrir force et renouveau à ceux qui ont été libérés dans le Christ.

Éléments de réflexion
  • Quelles sont les choses pour lesquelles vous éprouvez un vif désir ?
  • Qu'est-ce qui influence vos désirs et les choix que vous faites ?
  • Comment Dieu satisfait-il vos attentes ?
Le témoignage de la Bible

Écouter la Parole : l'initiative de Dieu envers le monde
Genèse 9, 8-17 : Dieu promet de ne pas détruire la création par un déluge
Genèse 12, 1-3 ; 17, 1-13 : Dieu fait alliance avec Abraham et ses descendants
Deutéronome 7, 6-13 : Dieu conclut une alliance avec le peuple tiré d'esclavage
Jérémie 31, 31-34 : Dieu promet une nouvelle alliance, inscrite dans le cœur de l'être humain
Ézéchiel 37,20-28 : Dieu promet une alliance au peuple en exil
Matthieu 26, 26-28 : Jésus offre son propre sang, sang de la nouvelle alliance
Jean 1, 14-17 : La grâce vient par Jésus Christ, Verbe de Dieu fait chair
Romains 5, 6-21 : Le don gratuit de la grâce par Jésus nous justifie
Éphésiens 2, 4-10 : C'est par la grâce que nous sommes sauvés
Hébreux 9, 11-15 : Jésus, prêtre et médiateur de la nouvelle alliance

Raconter l'histoire : la grâce, don de Dieu
Comme nous l'avons vu, la Bible répond par un « oui, mais », à la fois à l'optimiste et au pessimiste au sujet de la condition humaine. Le « mais » plein d'espoir avec lequel nous répondons au pessimiste vient de ce que nous connaissons de la nature et de l'action de Dieu. Nous ne perdons pas tout espoir au sujet de la condition humaine parce que Dieu n'a jamais perdu tout espoir en nous. Même dans les premiers chapitres de la Genèse, qui racontent symboliquement la progression du péché et de ses conséquences dans le monde, Dieu montre qu'il continue à ce soucier de nous. Ainsi, il revêt Adam et Ève de tuniques de peau, il met un signe sur Caïn le meurtrier pour le protéger et il promet solennellement de ne pas détruire toute la terre (Gn 3, 21 ; 4, 15 ; 9, 8-17). Avec le chapitre 12, la miséricorde de Dieu prend une nouvelle tournure puisque Dieu s'engage envers l'humanité de façon particulière et fait, à un homme appelé Abraham et à sa femme Sarah, des promesses solennelles. Il passe avec eux des accords, que nous appelons des alliances. Dieu bénit Abraham et Sarah, car en eux « seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12, 1-3).

L'histoire de la grâce continue. Les descendants d'Abraham deviennent un peuple, qui se rend en Égypte et y tombe en esclavage. Dieu entend ses cris de détresse et envoie Moïse pour le sauver. Le peuple échappe aux eaux de la mer qui menacent de l'emporter. Avec ce peuple libéré, Dieu refait une alliance, cette fois sur le mont Sinaï ou Horeb (Ex 19-20 ; Dt 7,6-13). Mais elle est un peu différente des précédentes. Certes c'est toujours une promesse, mais on pourrait aussi parler de « traité » ou de « contrat ». En effet, si l'alliance conclue avec Abraham était de la part de Dieu essentiellement une promesse, l'alliance du Sinaï est assortie de certaines conditions que le peuple doit respecter. On peut considérer les diverses lois de Dieu, en particulier les « dix commandements », comme les conditions que le peuple doit respecter en tant que partie du contrat (Ex 20, 1-17 ; Dt 5, 1-21).

Finalement Israël, traversant les eaux du Jourdain, est amené dans son pays, la terre promise. Mais l'histoire tourne à la tragédie. Le peuple ne cesse de trahir l'alliance ; il en viole toutes les conditions relatives tant à Dieu qu'à ses voisins. Ce qui faisait la spécificité d'Israël par rapport aux peuples limitrophes, c'est précisément la relation particulière qu'il entretenait avec Dieu du fait de l'alliance. En reniant l'alliance, il détruisait la relation qui seule lui donnait la force de maintenir sa précaire position parmi les nations. L'exil dans la lointaine Babylone mit fin à son existence nationale. Bien que le peuple se soit éloigné de lui, Dieu ne le rejette jamais. Au contraire, il renouvelle sa promesse. Le peuple retrouvera la paix et la prospérité, et Dieu sera de nouveau au milieu des fils d'Israël (Éz 37, 20-28). Une nouvelle alliance sera conclue, qui ne sera pas gravée dans la pierre mais au fond de leur cœur (Jr 31, 31-34).

De nombreux exilés finirent par revenir et, pendant des générations, le peuple juif continua à habiter son ancienne patrie. Mais à part une courte période d'indépendance, il vécut la plupart du temps sous la tutelle de divers conquérants étrangers. Finalement la terre de Juda tomba sous la domination de l'empire romain. À cette époque apparut un prêcheur ambulant qui, disait-on, enseignait avec une remarquable autorité (Mc 1, 22). On racontait qu'il faisait aussi des miracles et les foules se précipitaient pour le voir. Par certains de ses enseignements et par sa manière de vivre, il heurtait les attitudes religieuses communément admises. Il voyait d'un bon œil la présence de femmes parmi ceux qui le suivaient (Le 10, 38-42) et insistait pour s'asseoir à la table des pécheurs et des réprouvés (Le 7, 34).

Les autorités finirent par monter un complot pour le supprimer, mais la veille de son arrestation, il réinterpréta les anciens symboles du pain et du vin. Du vin, il dit : « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés » (Mt 26, 28). Son sang fut réellement "versé " le jour suivant, mais bien vite d'étranges rumeurs commencèrent à circuler. Ceux qui le suivaient, et d'abord les femmes, puis le groupe de ceux qu'on appelait ses disciples, et beaucoup d'autres, déclarèrent qu'ils l'avaient vu vivant. Ils en étaient si sûrs qu'ils étaient prêts à endurer des souffrances, et même la mort, pour ce qu'ils commençaient à appeler la Bonne Nouvelle ou l'Évangile. Beaucoup les croyaient, en particulier dans les couches inférieures de la société ; un nouveau peuple consacré au culte du Dieu d'Israël était né (Actes 4, 32-37).

Certains commencèrent à réfléchir à ce que le maître avait dit et fait, à sa vie et à sa mort. Pour expliquer ce que tout cela signifiait pour eux, ils utilisèrent le langage et les idées qu'ils connaissaient. Ils croyaient, comme nous aujourd'hui, qu'en Jésus, Dieu leur faisait le don gratuit d'un amour et d'un accueil qu'ils n'avaient guère mérités (Rm 5,6-21 ; Ép 2, 4-10). En Jésus, ils voyaient le prêtre et le médiateur d'une alliance nouvelle avec Dieu (Hé 9, 11-15). Finalement, ils affirmaient qu'en Jésus Dieu était réellement parmi eux, comme cela avait été promis depuis si longtemps, pour apporter au monde la paix et la réconciliation (Jn 1, 1-18 ; 2 Co 3). Ils croyaient que, par Jésus, le pouvoir du péché était détruit et la plénitude perdue était retrouvée.

Éléments de réflexion
  • Rappelez-vous des histoires que racontait Jésus : qu'est-ce qui vous attire en lui ?
  • Quels récits vous parlent le plus ?
  • Avez-vous déjà fait l'expérience du pardon ?
  • Comment avez-vous réagi face à ce pardon ?
  • Trouvez-vous difficile de pardonner ? Quand ?
  • Pouvez-vous donner des exemples d'alliance entre des personnes ?
  • La façon dont Dieu honore ses promesses nous apprend-elle quelque chose sur les alliances humaines, sur la façon dont elles sont respectées ?
  • Qu'avez-vous appris sur la manière dont Dieu garde son alliance ?
  • Comment cela changera-t-il la façon dont vous gardez vos alliances ?
III

DE LA MORT A LA VIE :

SE TOURNER VERS DIEU

Réflexion sur l'expérience humaine

Les expériences de conversion
Certains sont capables de désigner dans leur vie un moment unique qui, pour eux, constitue le point tournant de leur voyage spirituel. Ils peuvent dire : « Ce jour-là, à cet endroit-là, j'ai rencontré le Dieu vivant. » Ces expériences, qui marquent énormément l'individu, sont très personnelles. Pour d'autres, la conversion est un long processus qui s'étend sur de nombreuses années. Ils ont pu connaître une série de rencontres avec Dieu, de prises de conscience et de luttes contre des croyances et des comportements passés. Qu'elle soit soudaine ou progressive, la grâce de conversion suscite souvent un sentiment d'appartenance, la conviction d'être accepté, libéré, délivré. La conversion coïncide souvent avec une période de purification, de pardon, et le converti a aussi l'impression d'être appelé à devoir faire un choix, à prendre une décision pour s'éloigner du mal et se rapprocher de Dieu.

L'appel de Dieu peut provoquer chez l'individu un intense mouvement émotif ; il peut au contraire s'exprimer par un acquiescement renouvelé et réfléchi à la vérité divine. Le converti doit relever le défi de renoncer à des attitudes et à des comportements destructifs pour suivre une voie nouvelle. La réponse à l'appel de Dieu est diversement appelée foi, engagement, décision, prise de position, tournant. Le sentiment de renouveau qui accompagne ce mouvement - ou ce retour - vers Dieu est si puissant que les croyants parlent quelquefois d'une rupture radicale avec leur passé. Ils sont, en espoir, déjà libérés, même s'ils ne savent pas encore ce qu'ils deviendront.

La conversion pour le peuple chrétien
La conversion, dans la vie d'un individu, est le moment où la grâce, en œuvre chez lui depuis le commencement, est reconnue et consciemment acceptée par la foi. Le croyant croit qu'au milieu de ses luttes Dieu est présent avec lui dans le Christ et lui offre le réconfort de son amour. La conversion s'accompagne toujours de l'impératif moral de suivre Jésus et de rejeter le péché. Quand on se tourne vers Dieu, il faut se repentir et s'éloigner du mal. Même si la conversion ne comporte pas toujours au départ la reconnaissance explicite de cette exigence, la grâce finit par la mettre en évidence. C'est pourquoi la vie de foi est toujours marquée par le repentir, chaque fois que le disciple défaillant renouvelle son intention de reprendre les chemins de Dieu. La foi sait que le pardon de Dieu ne fait jamais défaut même quand la lutte contre le péché semble écrasante. Ainsi la conversion n'est pas le terme du voyage spirituel, c'est le moment où l'appel de Dieu est accepté et assumé.

Bien que la conversion soit souvent décrite comme une démarche personnelle, la Bible dit aussi que les peuples et les nations doivent se tourner vers Dieu. La conversion n'est pas le fait des seuls individus, mais les sociétés, les institutions et les familles peuvent également se transformer en répondant à l'appel à la justice et à la réconciliation que Dieu leur lance. Ainsi chaque converti trouve sa place dans la communauté de foi dont tous les membres constituent ensemble le peuple de Dieu, renouvelé par la grâce.

Éléments de réflexion
  • Avez-vous déjà connu un tournant important dans votre vie ?
  • Considérez-vous ce moment-là comme une conversion ?
  • Avez-vous été témoin d'une conversion chez une autre personne ou dans un groupe ?
  • Quels choix supposaient l'abandon des anciens comportements et l'adoption d'une autre vie ?
  • De quelle façon avez-vous expérimenté la présence de Dieu ?
  • Parmi ces expériences, lesquelles sont les plus importantes pour vous ? Pourquoi ?
Le témoignage de la Bible

Écouter la Parole : perspectives sur la conversion
Isaïe 45, 20-25 : Toutes les nations sont appelées à se tourner vers le Seigneur
Isaïe 55, 6-9 : Dieu appelle à se tourner vers lui pour recevoir le pardon
Jonas 3 : Une communauté entière répond à l'appel au repentir
Malachie 4, 5-6 ; Luc 1, 13-17 : Jean Baptiste remplit la mission d'Élie : ramener les cœurs vers Dieu
Matthieu 18, 1-4 : Se convertir et devenir comme des enfants pour entrer dans le Royaume de Dieu
Luc 24, 44-48 : La mission de l'Église : prêcher le repentir
Actes 26, 12-19 : Une expérience radicale : la conversion de Paul

Raconter l'histoire : l'appel au repentir
Comme nous l'avons vu, entre Dieu et le peuple d'Israël existait une alliance, qui reposait sur la fidélité de Dieu et supposait en retour la fidélité du peuple. Mais le peuple n'a pas répondu aux espoirs mis en lui. Par la voix des prophètes, Dieu l'a sans relâche appelé au repentir. Pour nous, ce mot peut désigner seulement le regret d'avoir fait des choses que nous n'aurions pas dû. Dans la Bible, il a un sens plus large, c'est un "tournant ". Les prophètes appellent le peuple à se détourner de ses chemins mauvais et à se tourner vers Dieu. Ce double mouvement d'éloignement et de rapprochement porte aussi le nom de conversion.

Les écrits des prophètes fourmillent d'appels au repentir et à la conversion (voir, par exemple, Is 1, 10-20 ; 55, 1-9 ; Jr 18,1-12 ; Am 5, 10-15, 21-24). Quelquefois les prophètes ne se sont pas adressés seulement à Israël, ils ont lancé leur appel au monde entier (Is 45, 2025 ; Jon 3). En dernier lieu, l'Église chrétienne, dépassant les frontières du peuple d'Israël, accueillera les Gentils (Ga 3, 28). Ses prédicateurs reprendront le message des anciens prophètes et appelleront au repentir et à la conversion. La différence principale est que, pour se tourner vers Dieu, il faudra désormais se tourner vers le Christ dans la foi. C'est d'ailleurs le message que les prédicateurs de la nouvelle Église transmettront : devenir chrétien, c'est se repentir et se convertir (voir, par exemple, Ac 2, 38-39 ; 3, 17-26).

La première chose que nous voyons dans l'Évangile, c'est précisément un prédicateur nommé Jean, qui invite au repentir dans les termes les plus vigoureux (Mt 3, 1-12 ; Mc 1, 1-18 ; Lc 3, 1-14 ; Jn 1, 19-28). En signe de repentir et de conversion, dit-il, il faut se faire baptiser. Il insiste tellement qu'on finit par le surnommer Jean le Baptiseur ou encore le Baptiste, comme nous disons communément. Jésus lui-même se fait baptiser par Jean, comme d'ailleurs certains de ses disciples. Le baptême ne semble pas avoir été la première préoccupation de Jésus dans son ministère personnel (voir la remarque de Jn 4, 1-2). Mais après sa mort et sa résurrection, cette pratique prit une nouvelle signification et devint le signe de la reconnaissance de Jésus comme Seigneur et de l'engagement envers lui. Le Christ ressuscité demande à ses disciples de baptiser toutes les nations et, selon toute évidence, ils ont fait tout leur possible pour lui obéir (Mt 28, 19). Ils ont appelé au repentir, comme les prophètes l'avaient fait avant eux, et ils ont invité au baptême, signe à la fois du repentir du pécheur et de la bienveillance de Dieu qui l'accepte (Ac 2, 38-39). Ceux qui suivent le Christ sont baptisés et reçoivent le don puissant de l'Esprit Saint (Ac 8, 26-40 ; 11, 44-48 ; 16, 16-40). Ce qu'il y a de merveilleux dans ces textes, c'est que non seulement les Juifs, membres du peuple élu, peuvent recevoir le baptême, mais également les Gentils, si méprisés.

Aucun n'était ou n'est hors de porté de la grâce de Dieu.

Éléments de réflexion
  • Avez-vous déjà trouvé difficile de commencer quelque chose de neuf ? Pourquoi ?
  • Pourquoi est-il si difficile pour un groupe de prendre un nouveau départ ?
  • Comment une communauté peut-elle aider un individu à adopter une nouvelle manière de vivre ?
  • Comment l'Église encourage ou soutient-elle ce nouveau départ ?
IV

DEVENIR LE PEUPLE DE DIEU :

INITIATION AU CORPS DU CHRIST

Réflexion sur l'expérience humaine

Incorporé au Christ
Dans l'Église-communauté, la foi se nourrit de la Parole et du Sacrement. Les croyants partagent le récit de l'action de Dieu dans le Christ et se nourrissent de ce rappel et de cette représentation. Le baptême est à la fois le signe et le sceau de l'appartenance au Christ, dont la mort et la résurrection sont rappelées. Ceux qui le suivent meurent à la vie ancienne et sont en lui élevés à une vie nouvelle.

Selon le témoignage de l'Écriture et la tradition ancienne de l'Église, le baptême est conféré avec de l'eau au nom de la Trinité. Ceux qui sont incorporés au Corps du Christ et greffés à l'arbre de vie sont nourris par le Saint-Esprit et grandissent dans la grâce. Par le baptême, on entre dans la vie de la grâce et dans le Corps du Christ, et on commence sa mission chrétienne dans le monde.

Les croyants ne sont pas laissés seuls dans la lutte qu'ils mènent pour respecter leur nouvel engagement envers Dieu ; ils vivent en communauté avec ceux qui essaient, par la grâce, de vivre une vie d'amour mutuel selon le Christ. Entrer dans l'Eglise, c'est devenir membre du peuple de Dieu à un moment de l'histoire, c'est rejoindre le réseau de louange, de prière et d'intérêt mutuel formé par chaque génération. Parce qu'ils sont ensemble, les membres du peuple de Dieu peuvent s'efforcer de vivre une vie de fidélité dans laquelle, grâce aux yeux de la foi et à l'illumination du Saint-Esprit, ils entrevoient de nouvelles valeurs et possibilités.

Dans certaines Églises, le baptême suppose un parrainage. Comme le montrent les termes anciens de parrain et marraine, le nouveau baptisé entre dans une grande famille où ceux qui ne sont pas liés par le sang sont intimement unis les uns aux autres par leur relations au Christ. Au baptême, le parrain n'est pas seulement garant du nouveau membre, il est aussi son proche compagnon dans le voyage de la foi, il est le symbole personnel que nous sommes tous frères et sœurs dans le Christ.

Le baptême est donc un rite d'initiation à la communauté du peuple de Dieu. Cependant, la question de savoir quand il faut baptiser reçoit des réponses différentes selon les diverses traditions chrétiennes. Certains pensent que les candidats au baptême devraient être des croyants suffisamment âgés pour faire une profession de foi personnelle. D'autres confèrent le baptême peu après la naissance de l'enfant ; dans ce cas, les parents ainsi que les parrain et marraine professent la foi et espèrent qu'au cours de sa croissance il grandira dans la foi sous la direction de l'Esprit Saint. Pour d'autres encore, les nouveau-nés issus de croyants sont déjà si proches de la communauté de l'alliance qu'il est tout à fait normal de les baptiser. Dans les traditions où l'on baptise surtout les enfants dans la communauté croyante, on accepte également au baptême les adultes nouvellement venus à la foi. Dans celles où l'on ne baptise pas les enfants, on marque souvent leur entrée dans la communauté d'une façon ou d'une autre. Quel que soit l'âge où le baptême est conféré, il est le signe et le sceau de l'action de Dieu dans la vie de l'individu, la marque du repentir et de la conversion effectués par la grâce dans la foi.

Une question fait l'objet d'un débat entre différentes Églises : quel est le lien entre, d'un côté, le rite et, de l'autre, la grâce et la foi ? Dans l'acte du baptême, Dieu l'Esprit Saint fait-il quelque chose de nouveau ou le baptême est-il simplement le sceau apposé sur une œuvre qu'il a déjà accompli ? Il n'y a pas encore de consensus œcuménique à cette question. Cependant, en reconnaissant en 1975 la validité du baptême conféré par chacune d'entre elles, les Églises canadiennes ont montré leur intention commune d'être fidèles à l'enseignement de la Bible et au commandement du Christ dans Matthieu 28, 19 : « Allez donc : toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. »

Certains groupes chrétiens ne connaissent pas la pratique du baptême. La Société des amis (Quakers) ne confère aucun sacrement, mettant l'accent sur le changement intérieur effectué par le Saint-Esprit. L'Armée du salut, pour des raisons historiques totalement différentes, ne célèbre pas de rite du baptême, mais elle invite parents et enfants à se consacrer au service de Dieu et espère que, sous l'action de la grâce de conversion, le croyant, une fois adulte dans la foi, affirmera ses convictions dans la communauté. Ces chrétiens partagent, avec tous les autres, la conviction que la présence de Dieu, par le Christ et sous l'action du Saint-Esprit, a le pouvoir de transformer la vie du croyant.

Dans les Églises qui pratiquent le baptême, ce geste tire sa signification théologique et personnelle du merveilleux ensemble de symboles et d'actions trouvés dans l'Écriture et les traditions de l'Église. Que l'on demande le baptême pour soi-même ou pour son enfant, il est donc bon de tenir compte de ces multiples facettes de sens qui éclairent l'action de l'Esprit Saint dans le baptême.

Le témoignage de la Bible

Écouter la Parole : les images bibliques du baptême

L'image de l'eau :
Genèse 1, 1-10 : Les eaux de la création
Genèse 6, 11-19 : Les eaux de la destruction
Exode 14, 21-31 : Les eaux du salut
Psaumes 46 : L'eau, à la fois menace pour la vie et source de vie
Ézéchiel 47, 1-14 : L'eau donnée par Dieu redonne vie à une terre stérile
Jean 4, 7-15 : Jésus donne l,eau vive
Apocalypse 7, 13-17 : Purification dans le sang de l'Agneau et don des sources d'eaux vives pour la vie nouvelle.

Les meilleurs symboles évoquent plusieurs sens. L'image de l'eau est particulièrement riche. On a noté plus haut que la Bible présente l'eau comme une réalité ambiguë : elle est à la fois chaos (Gn 1, 1-10) et nécessité pour la vie (Gn 2). Elle est agent de destruction (Gn 6, 11 19) et de vie nouvelle (Ez 36 ; 47,1-14). Les Israélites retrouvent la sécurité en traversant des eaux qui, pour les Égyptiens, sont cause de destruction (Ex 14). Dans l'Évangile de Jean, Jésus déclare qu'il donnera « l'eau vive », qui étanchera la soif de ceux qui mettent leur confiance en lui (Jn 4, 7-15 ; Ap 7, 13-17). Bref, l'eau est à la fois source de vie et de mort (Ps 46).

Toutes ces images de l'eau sont réunies dans le baptême. L'eau de baptême rappelle les eaux de la création que le souffle de l'Esprit a effleurées, donnant vie à toutes choses. L'eau purifie ce qui a été souillé. L'eau vive est pour nous un soutien, mais c'est aussi l'eau qui a balayé le péché et rendu possible un nouvel ordre du monde. Dieu demande que nous mourions au péché afin de vivre pour la justice. Ainsi l'eau du baptême emporte-t-elle, avec la grâce de Dieu, l'ancien monde et son péché : elle nous purifie.

L'image de la régénération :
Jean 3, 1-8 : Il faut naître de nouveau dans l'eau et l'Esprit
Romains 6 : Ensevelis dans la mort du Christ, nous sommes morts au péché et, ressuscités comme lui, nous vivons une vie juste
Tite 3, 3-7 : Le bain de la rénovation dans l'Esprit Saint
1 Pierre 1, 3-5 ; 1, 22 - 2, 3 : Nous sommes nés à nouveau par la Parole de Dieu, et, dans le Christ, nous passons de l'enfance à l'âge adulte
1 Jean 5, 5-15 : Nous sommes nés de Dieu à cause de notre foi

Le changement est si grand que l'Écriture considère - et nous invite à considérer - le converti comme une nouvelle créature (2 Co 5, 17). Ou encore, et l'image est alors légèrement modifiée, elle nous dit que ceux qui viennent au Christ sont nés à nouveau (Jn 3, 16) ou engendrés à nouveau par la Parole de Dieu (1 P 1, 23). Ils sont vraiment enfants de Dieu (1 Jn 5, 1-5). Cette vie nouvelle, ou régénération, comme on l'appelle souvent, est décrite comme un « bain » ou une purification et se fait par l'opération du Saint-Esprit. Parler de « bain », c'est évidemment évoquer l'eau ; aussi n'est-il pas surprenant que ceux qui sont nés à nouveau (ou « d'en haut », comme le suggère le mot grec), soient nés « d'eau et d'esprit » (Jn 3, 1-8). Ce bain nous sauve (1 P 3, 18-22). Par la parole, l'esprit et l'eau, les chrétiens sont nés à une nouvelle vie, que la mort ne peut détruire.

Être baptisé, c'est traverser les eaux de la mort et émerger dans la vie. L'eau du baptême rappelle les eaux de la naissance naturelle, d'où nous émergeons pour entrer dans un monde de relations. Noyés dans les eaux du baptême, nous mourons à notre ancienne manière de vivre et entrons dans la nouvelle alliance. Dans cette perspective, le baptême apparaît comme une renaissance, une régénération aboutissant à une nouvelle vie, rendue possible par la mort et la résurrection de Jésus Christ. Nous sommes amenés par l'Esprit à une vie nouvelle, libre et pure.

Les images de l'adoption et de l'incorporation :
Romains 8, 9-25 : Nous sommes adoptés comme enfants et héritiers de Dieu, mais cette adoption est d'une certaine manière encore attendue dans l'espérance
Romains 12,12-13.27-30 : Baptisés, nous formons tous un seul Corps et nous avons tous des talents à y exercer
1 Co 10, 16-17 : La vie dans le Corps est nourrie du pain et de la coupe
Ga 4, 1-7 : Nous sommes des enfants adoptifs et des héritiers
Ép 1, 3-14 : Nous sommes destinés à être, dans l'amour, des enfants adoptifs et un héritage nous est promis
Ép 4, 1-16 : L'Esprit travaille à bâtir le Corps du Christ, il nous conduit sur les chemins de la croissance vers la maturité

Les expressions « nouvelle naissance » et « régénération » pourraient faire croire qu'il s'agit d'un changement intérieur personnel, purement individuel. Il n'en est rien. La vie dans le Christ entraîne chez le croyant la formation de relations complètement nouvelles, tout d'abord avec Dieu, ensuite avec les êtres humains de tous les temps et de toute la terre. Pour décrire ce changement, l'apôtre saint Paul a utilisé l'image de l'adoption (Rm 8, 9-25 ; Ga 4, 1-7 ; Ép 1, 3-14).

Notre société connaît la pratique de l'adoption par laquelle un individu, presque toujours un enfant, est introduit dans une famille et y reçoit une nouvelle identité. Dans l'Antiquité, cette coutume avait une dimension particulière qui en rendait le symbolisme encore plus fort. À cette époque, une personne riche ou importante, même l'empereur, pouvait adopter un adulte, en faire son enfant et lui léguer ses biens, son rang et son pouvoir. Quand Paul parle d'une nouvelle vie dans le Christ, c'est à cette pratique qu'il fait allusion.

La Bible parle également d'une incorporation à un corps dont le Christ est la tête. Dans le Christ, nous entrons en relation non seulement avec Dieu, mais aussi avec tous les chrétiens. Ce lien devrait être si fort que l'Église est appelée Corps du Christ (Rm 12, 4-9 ; 1 Co 12, 12-20 ; Ep 4, 1-16 ; Col 1, 15-23). L'apôtre Paul dit explicitement que cette incorporation survient au baptême (1 Co 12, 13).

Raconter l'histoire : Le baptême dans les Écritures
Le missionnaire chrétien que nous connaissons le plus, l'apôtre Paul, n'a pas baptisé lui-même tous ses convertis (1 Co 1, 14-16), mais il pouvait présumer que tous ceux qui lisaient ses épîtres aux nouvelles Églises chrétiennes l'avaient été (Rm 6, 1-11 ; 1 Co 12, 12-13 ; Ga 3, 27-29). Il est clair que, déjà dans l'Église primitive, le baptême était la marque régulière et normale de l'initiation à la foi chrétienne.

Nous savons peu de choses sur la forme prise par le baptême dans cette période néotestamentaire. Aucun auteur du Nouveau Testament ne nous donne un compte rendu détaillé du service baptismal ni même une théologie complète de ce sacrement. Qui exactement était baptisé, à quel âge, combien d'eau utilisait-on ? Voilà autant de questions débattues très longuement, quelquefois sans beaucoup de charité chrétienne. Ce que nous pouvons affirmer sans crainte de nous tromper est que, pour les premiers chrétiens, le baptême était une initiation à une vie d'engagement et qu'à ce titre il était extrêmement important et avait un impact sur tous les aspects de la vie (voir, par exemple, toutes les citations des écrits de saint Paul indiquées plus haut).

Éléments de réflexion
  • Quel lien faites-vous entre l'expérience de conversion et le baptême ? Quelle place tient le baptême dans votre croissance spirituelle ?
  • Parmi les images citées plus haut, quelle est celle que vous associez le plus étroitement au baptême et à l'appartenance au Christ ? Si vous avez déjà assisté à des baptêmes, quels sont les gestes et les paroles dont vous vous souvenez le plus ? Qu'est-ce que les diverses parties du rite baptismale nous disent sur Dieu et sur la vie des baptisés ?
  • Comment la célébration du baptême dans votre communauté est-elle source de vie pour elle ? Quelle est le lien entre baptême et participation à d'autres sacrements ou célébrations ?
  • Si votre Église ne célèbre pas le baptême, comment avez-vous marqué le début de votre vie dans le Christ ? Comment votre communauté accueille-t-elle de nouveaux membres et souligne-t-elle l'incorporation au Corps du Christ ?
  • Que dit votre tradition de foi sur ce qui se passe au baptême ? Avez-vous déjà assisté à un baptême dans une tradition chrétienne différente de la vôtre ? Quelles différences et ressemblances avez-vous constatées ?

Lisez les témoignages placés à la fin de cette brochure, qui offrent des perspectives sur les différentes pratiques du baptême et ou de l'initiation chrétienne dans plusieurs traditions différentes. Ces témoignages ont été recueillis par des membres de la commission Foi et Témoignage.

V

BAPTISES DE L'EAU ET DE L'ESPRIT :

APPELES A UNE VIE NOUVELLE

Réflexion sur l'expérience humaine

Appelés à une vie nouvelle
Les images de la nouvelle naissance et de la régénération renforcent l'appel de Dieu à la conversion et à un renouvellement radical, exigeant la disparition des anciennes valeurs et priorités. Le croyant répond à l'appel de Dieu en se débarrassant de son ancienne manière de vivre et en « revêtant » le Christ ; il rend ainsi possible une nouvelle vie, pur don de Dieu. Cette transformation donne une signification à toute son expérience, qu'elle soit antérieure au baptême, qu'elle coïncide avec lui ou qu'elle en découle. Pour le chrétien, la conversion ou le baptême ne sont pas des événements isolés ; il se sait appelé à une relation nouvelle et continue avec le Christ dans l'Église, Corps du Christ. Pour certains, l'eucharistie est une expression sacramentelle de cette relation.

Ceux et celles qui appartiennent au Christ sont appelés à vivre d'une nouvelle manière, à entretenir avec toute la création des relations de justice et de paix, à être fidèles aux autres comme Dieu est fidèle. Les relations dans la grâce ne sont pas une fin en soi, ni un moyen d'accomplissement personnel. Ce sont plutôt des possibilités sacramentelles, des expressions de l'amour et de la fidélité de Dieu, de sa bénédiction. Nous sommes appelés à vivre pour le Royaume de Dieu, en exprimant la fidélité, l'espérance et l'amour désintéressé dans l'action personnelle et l'interaction.

Loin d'être synonyme de sécurité, la vie baptismale est une lutte, un engagement à prendre sa croix et à suivre Jésus, à travailler dans la grâce à la disparition du mal et du péché et à l'avènement de la bonté et de la sainteté. Vivre sa vocation chrétienne est donc exigeant pour l'individu et la communauté. La vie de disciple du Christ n'est possible que si le croyant est soutenu par la grâce du Christ ; elle suppose l'adoration, la prière, la Parole et le Sacrement, le support mutuel, l'ouverture aux voies de la grâce et la discipline du repentir.

Un peuple chargé d'une mission
L'Église continue la mission et le ministère de Jésus Christ dans le "vécu apostolique " de chaque disciple. Chaque nouveau baptisé peut participer à cette mission en donnant son temps, ses talents, ce qu'il a de plus précieux, et en priant pour les autres. Chaque chrétien est fait pour une vocation, un ministère particulier. Le croyant, grandissant dans sa relation avec Dieu et dans la compréhension qu'il a de lui-même, apprend à discerner sa vocation personnelle et les dons de l'Esprit qu'il a reçus pour servir Dieu et le monde. Sa vocation peut rester identique toute sa vie, mais elle peut aussi se modifier si, sous l'influence de nouvelles situations, son expérience de Dieu et sa perception du monde évoluent.

Par la communauté des croyants, Dieu offre au monde une nouvelle alliance dans le Christ et, avec cette alliance, la promesse que la plénitude sera restaurée, que la justice et de saines relations seront établies, à l'intérieur de chacun et entre les individus d'abord, ensuite dans la communauté humaine tout entière, enfin entre l'humanité et la création, réconciliant ainsi Dieu et tout le créé. Le croyant a la mission de proclamer que cette ère nouvelle a commencé et que toute la création, restaurée dans le Christ par le Saint-Esprit, deviendra le « royaume » ou le « règne » de Dieu.

Cette mission de salut et de réconciliation est une œuvre personnelle et collective. Comme individus, nous essayons d'être fidèles à la façon dont Jésus a vécu. Nous luttons contre les tentations de jouissance, de cruauté, de possession et d'indifférence ; nous reconnaissons les péchés que nous commettons et nous demandons guérison et pardon. Comme peuple de Dieu, nous recherchons la guérison pour ceux qui souffrent, la justice pour les pauvres, la liberté pour les opprimés ; nous annonçons la pardon à ceux qui sont écrasés par le fardeau du péché. Nous devenons de bons intendants de la création. De cette façon, et de bien d'autres encore, nous proclamons la Bonne Nouvelle de Jésus Christ et nous témoignons du sens de sa mort et de sa résurrection. Car nous sommes envoyés pour le faire connaître à ce monde brisé jusqu'à ce que le Christ revienne.

Le témoignage de la Bible

Écouter la Parole : l'appel à la morale
Exode 20, 1-17 : Libérés de l'esclavage, les Israélites sont appelés à vivre dans l'alliance avec Dieu et les uns avec les autres
Romains 6, 1-9 : Nous mourons dans le Christ pour mener une vie nouvelle
1 Co 10, 1-13 : Nous sommes invités à ne pas céder à la tentation et à mettre notre confiance en Dieu, toujours prêt à nous aider à résister à la tentation
Colossiens 3, 1-17 : Nous devons mettre un terme à nos pratiques destructrices et revêtir l'amour
Philippiens 2, 1-13 : Nous devons adopter l'esprit de sacrifice du Christ, prendre sa condition de serviteur
1 Pierre 2, 1-10 : Nous sommes la communauté sacerdotale que Dieu s'est donnée pour proclamer ses hauts faits

Raconter l'histoire : au-delà du rituel
Dans la Bible, comme nous l'avons constaté, lorsqu'il est question du baptême, il est aussi question d'une vie nouvelle, de l'incorporation au Corps du Christ. Le baptême est en lien avec l'appel des prophètes et des apôtres à la conversion. La cérémonie du baptême n'est donc pas simplement un rite de passage marquant la naissance ou l'entrée dans la maturité, selon la tradition à laquelle nous appartenons. La nouvelle vie dans le Christ doit être réellement nouvelle. Il n'est donc pas surprenant que les textes clés sur le baptême ne parlent pas d'abord du rite lui-même, mais de la qualité de vie qu'il inaugure. Ainsi Paul déclare que dans le baptême nous mourons avec le Christ afin de vivre avec lui et comme lui (Rm 6,3-4) ; le péché ne règne plus sur nous ; notre vie est livrée à Dieu pour l'avènement du bien (Rm 6,12-14). De la même façon, nous sommes par le baptême incorporés au Corps du Christ (1 Co 12, 13). Aussi devons-nous respecter toutes les autres parties de ce Corps unique. En fait, la vraie marque de l'incorporation au Corps du Christ est un amour débordant et désintéressé (1 Co 13).

On a dit que l'éthique fondamentale du Nouveau Testament pouvait se résumer dans les mots suivants : " Être ce que nous sommes. " Par le baptême, nous avons l'assurance que nous appartenons au Christ et que notre vie est vécue en lui maintenant et à jamais (Col 3, 3). Voilà ce que nous sommes réellement ; le reste de notre vie consiste à exprimer le sens de cette réalité. Ainsi tous les impératifs moraux du Nouveau Testament peuvent tout naturellement être reliés au baptême (voir, par exemple, Mt 5-7 ; Col 3, 1-17 ; Ph 2, 113 ; 1 P 2, 1-10). Notre baptême devient visible dans notre vie quand nous vivons de la parole du Christ en nous ; l'expression de celte réalité s'étend sur toute une vie.

Éléments de réflexion
  • De quelle façon votre baptême et votre foi chrétienne marquent-ils votre vie ?
  • Quels sont les dons, en vous-même et chez les autres, que vous pouvez considérer comme dons de Dieu ? Comment peuvent-ils être utilisés pour sa mission ?
  • Comment pourriez-vous décrire l'appel qui vous est fait, votre vocation ?
  • Comment pourriez-vous décrire la mission de l'Église à cette étape de l'histoire ? Quel rôle pouvez-vous y jouer ?

VI

PERSPECTIVES CONFESSIONNELLES

Les déclarations suivantes, rédigées par des membres de la Commission foi et témoignage, tracent les doctrines et les pratiques de baptême et d'initiation à la vie chrétienne de leurs Églises respectives.

Laquelle des valeurs déjà notées est la plus importante dans votre tradition ?

Un point de vue anglican
Le rite d'initiation chrétienne de l'Église anglicane a évolué au cours des dernières années. Le Livre de la prière commune (1959) recommande de faire baptiser l'enfant dès que possible après sa naissance, lors d'une cérémonie publique (habituellement lors de la prière du matin ou du soir). Les parents et les parrains font les promesses baptismales au nom de l'enfant ; ils promettent de l'éduquer dans la foi et de le faire confirmer par l'évêque. (L'âge requis pour être confirmé n'est pas spécifié, mais il se situe entre 11 et 14 ans.) Après la confirmation dans l'Esprit Saint, par l'imposition des mains, le jeune est admis à la communion et il joint les rangs des adultes à l'intérieur de l'Église. On prévoit également des baptêmes privés et des baptêmes d'adultes.

Le Book of Alternative Services (1985) (BAS), qui contient des liturgies alternatives, tente de revenir à une vision unifiée de l'initiation ; il prévoit l'imposition des mains et la première communion lors de la cérémonie du baptême (pour les enfants comme pour les adultes). L'enfant initié de cette façon ne sera pas confirmé avant d'avoir atteint l'âge adulte. Le BAS prévoit que le baptême aura lieu lors du principal service du dimanche (habituellement l'eucharistie) et il suppose une bonne préparation de la part des candidats et de leurs parrains. On assiste souvent à trois ou quatre célébrations de baptême par année, lors de fêtes particulières, précédées de quatre à six semaines de cours préparatoires.

Selon les deux livres, les candidats sont baptisés avec de l'eau au nom de la Trinité. Après avoir versé l'eau, ou immergé l'enfant dans l'eau, le célébrant trace le signe de croix sur le front de l'enfant. Le BAS prévoit l'utilisation facultative d'une huile baptismale et, toujours selon le BAS, on lui remet une bougie allumée, signe de la lumière du Christ.

Le baptême est un sacrement pour les Anglicans - le signe extérieur et visible de la grâce spirituelle d'une nouvelle vie. Les deux rites présentent le baptême comme un événement par lequel Dieu fait renaître, nous régénère, nous fait adhérer au Christ et à son Église, nous purifie, nous remet nos péchés, nous rend forts par l'Esprit Saint, nous fait participer à la mort et à la résurrection du Christ, et nous fait le privilège de devenir héritiers du Royaume de Dieu. (A. Barnett-Cowan)

Un point de vue baptiste
Peut-être à cause de leur nom, les Baptistes ont été identifiés à une forme de baptême, administré à un moment et d'une manière que certains considèrent singuliers. Les candidats doivent être d'abord des croyants et, lors du baptême, ils sont complètement immergés dans l'eau. Ironiquement, bien que cette ordonnance puisse offrir une grande visibilité, elle n'est pas considérée comme nécessaire au salut. Le baptême est administré comme acte d'obéissance.

Le baptême a normalement lieu en présence de l'assemblée des fidèles ; il constitue ainsi une déclaration publique de foi en Jésus Christ. Il s'agit du signe extérieur d'un changement intime, d'un repentir et d'une renaissance spirituelle. C'est aussi lors du baptême que le candidat s'engage à vivre selon les règles morales et éthiques du Christ. D'importantes décisions sont prises consciemment lors du baptême, qui présupposent un haut degré de maturité spirituelle et intellectuelle. C'est pour cela que les Baptistes ne baptisent pas les nouveau-nés et les enfants qui ne sont pas en mesure de comprendre la signification d'une nouvelle relation avec Dieu.

Le baptême se fait habituellement par immersion. Cette méthode constitue un symbole vivant de la mort (alors que le candidat est plongé dans l'eau) et de la résurrection à une nouvelle vie dans le Christ (alors qu'il ressort de l'eau). Les Baptistes croient fermement que le baptême du croyant par immersion était pratiqué à l'époque du Nouveau Testament et dans l'Église primitive.

Une cérémonie de « la présentation des enfants et l'engagement des parents » assure que les très jeunes, ceux qui n'ont pas atteint l'âge de raison, ne sont pas exclus de la famille chrétienne. (D. Sydney)

Un point de vue des Disciples du Christ
L Église chrétienne (Disciples du Christ) a vu le jour au Canada et aux États-Unis au début du dix-neuvième siècle comme un mouvement ayant pour but de rassembler les Églises. Afin d'atteindre cet objectif, les Disciples ont préconisé la primauté du Nouveau Testament pour la foi et la vie de l'Église.

Le baptême revêt une grande importance pour les Disciples, qui administrent le baptême du croyant, toujours par immersion dans l'eau. Bien qu'ils pratiquent uniquement l'immersion, ils admettent aujourd'hui la sincérité des autres Églises qui ont recours à d'autres méthodes et qui confèrent le baptême aux enfants. Les Disciples ont instauré une cérémonie de consécration à l'intention des parents chrétiens, de leurs enfants et nouveau-nés.

Dans les congrégations des Disciples, c'est le pasteur désigné qui préside habituellement la cérémonie du baptême. Cette dernière a lieu dans un baptistère situé à l'intérieur. Cependant, les immersions pratiquées par des laïcs (hommes et femmes) sont également reconnues comme valides, même s'il peut exister des variantes dans les paroles utilisées pour le baptême. Les Disciples s'acheminent vers une normalisation des méthodes mais des divergences apparaissent nécessairement dans une Église où le consensus sert à établir les règlements internes.

Les Disciples accordent peu d'importance à la régénération baptismale, mais incluent habituellement le baptême parmi les démarches permises par le Christ qui conduisent à la pleine obéissance et éventuellement au salut. Les Disciples reconnaissent généralement que le baptême est un préalable nécessaire à la communion, même si le repas du Seigneur est pleinement ouvert à tous. Les Disciples croient que : « Nous renaissons au Christ par le baptême et que nous sommes réunis au peuple de Dieu » (The Design, 1978), et que : « Le baptême crée un lien entre le peuple de Dieu et chacun d'entre nous » (Handbook for Today's Disciples, 1981). (M.L. Breakenridge)

Un point de vue de l'Église orthodoxe
Pour l'Église orthodoxe, le baptême n'est pas un sacrement valide hors du contexte de la vie ecclésiale. En fait, aucun sacrement n'est valide à l'extérieur de l'Église. De plus, le baptême est une partie de l'initiation chrétienne dans son ensemble au sein de l'Église. Le rite utilisé a été fixé au quatrième siècle codifié par saint Basile le Grand dans son Traité sur le Saint-Esprit.

Le baptême est une purification par l'eau, habituellement administré par le prêtre au moyen de trois immersions faites au nom de la Sainte Trinité. Le rite est précédé par des exorcismes, y compris de tourner le candidat de l'ouest vers l'orient pour symboliser le passage des ténèbres à la lumière.

Immédiatement après les trois immersions, le candidat est oint de l'huile sainte, signifiant le sceau du don de l'Esprit Saint. Cette onction est faite au moyen d'une huile bénie par l'évêque. Alors que l'imposition des mains et l'onction sont devenus le sacrement de la confirmation dans les Églises occidentales, l'Église orientale a conservé la cohérence des deux sacrements, considérant le baptême comme le pardon des péchés (purification par l'eau) et l'incorporation au Corps du Christ par une mort symbolique. L'onction réalise le don de l'Esprit Saint et il le symbolise. La plénitude des cérémonies d'initiation s'achève lorsque l'enfant ou l'adulte nouvellement baptisé reçoit la communion, immédiatement après son entrée dans le mystère de l'union au Christ.

L'enseignement orthodoxe classique sur le baptême a été formulé par saint Jean Chrysostome, un des grands docteurs de l'Église : « Dieu prend cette nature qui est la nôtre lorsqu'elle est encore corrompue par la rouille du péché, après que nos fautes l'aient recouverte de suie et qu'elle ait perdu la beauté que Dieu lui avait donné initialement, et il la fait fondre de nouveau. Il la plonge dans l'eau comme on fait avec la fonte dans une fournaise mais, au lieu du feu, il insuffle la grâce de l'Esprit Saint. Alors, il nous retire de la fournaise, régénéré comme un vase nouvellement modelé, rivalisant avec les rayons du soleil par la lumière que nous émettons » (Ad illum catech., 1.3). (P. Basil Zion)

Un point de vue luthérien
Pour les Luthériens, le baptême constitue le sacrement d'initiation dans l'Église, la communauté de Dieu. Les candidats reçoivent le baptême d'eau au nom de la Trinité. Le baptême rend la personne membre du sacerdoce de la communauté des croyants, un sacerdoce que nous partageons tous avec Jésus Christ.

Les effets bénéfiques du baptême sont la liberté et la réconciliation. Par le baptême, Dieu pardonne nos péchés, il nous délivre de la mort et du mal, et il donne le salut éternel à tous ceux qui croient en ses promesses. Les baptisés participent à la mort et à la résurrection de Jésus Christ, libérés du péché et de la mort. Nous naissons enfants d'une humanité déchue ; mais par l'eau baptismale, nous renaissons en tant qu'enfants de Dieu, héritiers de la vie éternelle.

Les baptisés, leurs parrains et leur parents (lorsque ce sont des enfants que l'on baptise) seront eux-mêmes des croyants disposés à proclamer leur foi en Jésus Christ, à rejeter le péché, à confesser la foi de l'Église, et à renoncer à toutes les forces du mal, au démon et à toutes ses promesses vides de sens.

Les Luthériens voient une double dimension dans le processus du baptême. Le baptême, au moyen de l'eau et des paroles divines, fait naître la foi. L'eau prise séparément n'est rien de plus que de l'eau mais, lorsqu'elle s'accompagne de la parole de Dieu, elle se transforme alors en une eau vivifiante qui, par la grâce, donne une nouvelle naissance par l'entremise de l'Esprit Saint. L'Esprit Saint confère quatre dons lors du baptême, l'esprit de sagesse et de compréhension, l'esprit de conseil et de puissance, l'esprit de connaissance et de crainte de Dieu, l'esprit de joie que l'on éprouve en sa présence.

Le baptême devient partie intégrale de la vie quotidienne du chrétien. Le « moi » pécheur du croyant, chargé de tous ses méchants gestes et tous ses désirs malsains, se « noie » par moyen du repentir quotidien. Jour après jour, donc, un nouveau " moi " peut se lever pour vivre avec Dieu dans la droiture et la pureté éternelles. (D. Nevile)

Un point de vue mennonite
Le courant de réforme anabaptiste du XVIe siècle mettait l'accent sur l'Église en tant qu'alliance communautaire à laquelle un individu pouvait décider d'adhérer à cause de sa nouvelle vie dans le Christ. Ces images du baptême, supposant des transformations radicales, sont à la base de la théologie du baptême des croyants adultes. Le baptême était un signe de mort au péché, de renaissance, de purification des péchés et de communion au Corps du Christ. Le baptême par l'eau supposait qu'on était prêt à suivre Jésus jusqu'à la croix, même si cela pouvait signifier accepter le baptême de la souffrance ou même de la mort (Mc 10, 38).

Pour les Mennonites d'aujourd'hui, le baptême constitue un acte de reconnaissance par l'Église et par l'individu de l'œuvre de l'Esprit Saint qui appelle toute personne à s'identifier au Christ et à son Royaume qui vient. Le baptême est un signe d'obéissance par lequel on reconnaît publiquement avoir reçu la grâce de Dieu et on s'engage à vivre en disciple de Jésus dans le monde. Lorsqu'on choisit le baptême, on est prêt à participer à l'admonition et à l'encouragement mutuels au sein d'une communauté visible de service, d'amour et de paix. Cela signifie également une implication dans le service et le ministère dans le monde.

À cause de la relation indissociable entre la foi, les actes et le baptême, seules les personnes qui ont atteint l'âge de responsabilité et qui peuvent faire des choix éclairés sont considérées comme « prêtes » à partager la foi de la communauté, même si elles ont été nourries par cette communauté qui a pris soin d'elles depuis la naissance. Les pratiques varient mais comprennent habituellement :

  1. Une période préparatoire (par exemple, suivre un cours pour découvrir la foi) ;
  2. Une période de prise de décision (l'individu décide si oui ou non il veut demander le baptême ; l'assemblée écoute le témoignage du candidat et décide de l'appuyer et de l'accepter comme membre) ;
  3. Une cérémonie au cours de laquelle les candidats font une profession de foi et d'engagement devant la communauté. Elle est suivie par le baptême au nom de la Trinité (on verse de l'eau, on asperge ou on procède par immersion) et l'admission du candidat au sein de la communauté. (L. Harder)
Un point de vue presbytérien
« C'est par la puissance de l'Esprit Saint que Dieu agit par le baptême. C'est le sacrement, non pas de ce que nous faisons, mais bien celui de ce que Dieu a fait pour nous en Jésus Christ. La grâce de Dieu et notre acceptation ne sont pas données uniquement au moment du baptême, mais elles continuent en s'intensifiant tout au long de notre vie » (Foi vivante 7.6.3).

L'Église presbytérienne au Canada baptise les enfants comme les adultes, se fiant à la grâce de Dieu qui nous comble et nous donne la foi, sans tenir compte de nos mérites ou de l'étendue de notre compréhension. Selon une ordonnance de l'Assemblée générale, au moins un des parents de l'enfant présenté au baptême doit témoigner de sa foi en Jésus Christ. Tous les candidats au baptême sont admis par suite d'une décision du groupe d'anciens au sein de chaque assemblée qui décide du moment des célébrations de baptême.

Le baptême a habituellement lieu lors du culte du dimanche alors que l'assemblée soutient les candidats par sa foi et ses prières. Le sacrement du baptême commence par des extraits de l'Écriture et une profession de foi au Christ individuelle ou collective, suivis par la promesse des parents d'élever leurs enfants selon des principes chrétiens. Toute l'assemblée des fidèles offre son appui à ceux qui sont baptisés. Chaque candidat est alors convoqué individuellement et baptisé par aspersion d'un peu d'eau au nom de la Trinité, puis le célébrant le bénit par une prière et par l'imposition des mains.

La promesse du baptême, faite au nom des nouveau-nés, est assumée par chaque personne qui décide de faire une profession de foi publique. Les adultes et les adolescents, lorsqu'ils décident de se présenter pour renouveler leur profession de foi en Jésus Christ, sont alors instruits dans leur rôle de disciple. À ce moment, on s'attend à ce qu'ils s'impliquent directement dans la vie de l'Église. (N. Cocks)

Un point de vue de l'Église réformée
L'Église réformée au Canada confère le sacrement du baptême aux adultes croyants ainsi qu'aux enfants de leurs fidèles. On a toujours fait participer les enfants à ce sacrement car l'Ancien et le Nouveau Testament nous enseignent que les enfants font partie de la grande famille de Dieu. Lorsque Dieu a fait alliance avec Abraham, il a affirmé que les enfants faisaient partie de cette alliance. Les enfants comme les adultes ont reçu les promesses de Dieu ainsi que le signe de l'alliance, la circoncision. Lors de l'ancienne alliance, seuls les enfants mâles étaient circoncis. Les épouses et leurs filles participaient par l'entremise de leur mari et de leur père.

L'Église réformée considère que le baptême chrétien du Nouveau Testament est analogue à la circoncision de l'Ancien Testament. Lors des deux cérémonies, Dieu fait participer les enfants des croyants à la promesse de son alliance. Dans le Nouveau Testament, où le Christ représente la nouvelle alliance, les croyants, hommes et femmes, reçoivent tous le signe de cette nouvelle alliance, le baptême.
Selon qu'ils acceptent ou non la foi en Jésus Christ, les enfants baptisés bénéficient ou non des promesses de Dieu. Par conséquent, lorsqu'on administre le baptême, on attache beaucoup d'importance à la foi des parents et de l'assemblée des fidèles. Les parents promettent " d'élever leurs enfants selon les vérités de la parole de Dieu et dans la voie du salut en Jésus Christ ". (W Kroon)

Un point de vue de la Société religieuse des Amis (Quakers)
Les Quakers professent depuis plus de 300 ans la nature spirituelle de la relation du croyant avec Dieu. Cela a conduit la plupart des Amis à un témoignage contre la pratique extérieure des sacrements, moins par l'interprétation qu'ils font des Écritures qu'à cause de leur propre expérience. Le chemin intérieur qui conduit à l'Esprit ne dépend pas de rites extérieurs, de cérémonies ou d'actes liturgiques. Nous croyons que le Christ est présent au milieu de nous à chaque fois que nous sommes à l'écoute de l'Esprit de Dieu. Comme George Fox, nous croyons que : « le Christ est venu parmi nous pour nous enseigner lui-même » et que cette réalité ne peut être améliorée par des commémorations symboliques.

Un individu n'a pas besoin de rites extérieurs pour devenir membre du peuple de Dieu, il n'a besoin que de témoigner par la confiance, l'obéissance, l'amour, le savoir et l'engagement. Afin d'être membre du Corps du Christ, il faut tout d'abord effectuer une transformation profonde de tout son être. On devient membre de la Société religieuse des Amis à la naissance - quand les parents qui font partie de la Société le demandent au nom de l'enfant, ou par demande de la part d'un adulte convaincu. Un comité de Clarté, constitué lors de la rencontre mensuelle, rencontre les candidats et présente son rapport à la prochaine réunion. Si la demande est acceptée, le nouveau membre est présenté de façon informelle lors de la rencontre suivante.

En tant qu'Amis, nous devons relever le défi de nous éloigner des discussions sur les signes extérieurs afin de vivre de manière sacramentelle et de nous familiariser avec le sens profond de l'engagement, de l'incorporation et du témoignage symbolisés par le rite du baptême. (A. Thomas)

Un point de vue de l'Église catholique romaine
Le Code de droit canon de 1983 expose brièvement au canon 849 la signification du baptême dans l'Eglise catholique romaine :

« Le baptême, porte des sacrements, nécessaire au salut, qu'il soit reçu en fait ou du moins désiré, par lequel les êtres humains sont délivrés de leurs péchés, régénérés en enfants de Dieu, et, configurés au Christ par un caractère indélébile, sont incorporés à l'Église, n'est conféré validement que par le bain d'eau véritable accompagné de la formule requise. »
Tout en affirmant la nécessité du baptême pour le salut, le Code fait aussi allusion au baptême de désir. Ceci permet l'affirmation double que le Christ est le seul médiateur du salut et que la grâce est disponible partout.

Après le Deuxième Concile du Vatican, le renouveau liturgique a souligné une approche plus scripturale et plus patristique au baptême. On a préparé un nouveau rite pour le baptême des adultes et révisé le rite pour le baptême des enfants. Dans l'Ordo initiationis christianae adultorum (1972), l'initiation entière (baptême, confirmation, eucharistie) des adultes croyants se présente comme le norme théologique et liturgique. Le restauration du catéchuménat renforce cette perspective.

Dans la liturgie baptismale, on présente d'abord les candidats ; ensuite un chante la litanie des saints. L'eau de baptême est bénie. Une renonciation de Satan, une onction et une profession de foi s'ensuivent. Le signe central du baptême est le bain d'eau et l'invocation de la Trinité. En dehors des mots prononcés, l'importance de ce rite apparaît dans l'usage généreux de l'eau et dans le soin et la solennité avec lesquels on procède à l'immersion ou au versement de l'eau. Après le bain baptismal, des rites supplémentaires développent la signification du sacrement : la présentation du cierge allumé, le don du vêtement blanc, l'onction avec le saint chrême (cf. National Bulletin on Liturgy, mars 1988). (D. Geernœrt)

Un point de vue de l'Armée du salut
« Dans la grande Église du Dieu vivant nous proclamons, comme nous l'avons toujours fait, que nous, en tant qu'Armée du salut, en faisons partie intégrante et sommes un rameau - une branche porteuse de fruits de la vigne véritable. » C'est ce qu'enseignaient les fondateurs, c'est ce que les membres de l'Armée du Salut proclament toujours aujourd'hui.

Partageant une expérience commune de renouveau spirituel, plusieurs des personnes converties au Christ par le ministère de William Booth se sont donné la mission commune en 1865 d'évangéliser et de servir ceux qui n'ont pas fait l'expérience consciente de l'amour et de la grâce de Dieu. C'est ce qui a donné naissance à l'Armée du Salut en 1878.

Pour les membres de l'Armée du salut, l'Église est formée de ceux et celles qui ont accepté la grâce salvatrice de Dieu, qui reconnaissent Jésus Christ comme Seigneur et dont la vie a été transformée par la présence de l'Esprit Saint. Alors que la plupart des Églises chrétiennes célèbrent l'entrée dans la vie nouvelle en Jésus Christ et l'union avec son peuple au moyen du baptême d'eau, les membres de l'Armée du Salut ne pratiquent pas ce rite pour des raisons historiques et théologiques.

Le rejet par les Églises victoriennes dont ils ont été victimes les ont à toute fin pratique exclus de la participation aux sacrements qui leur étaient familiers. Parmi les facteurs qui ont contribué à cette exclusion, notons leurs opinions divergentes sur l'importance des sacrements, leur accueil favorable du leadership des femmes et leur dévouement total à l'évangélisation. Leur accueil intérieur de la grâce en réponse à l'appel évangélique leur a démontré que les rites sacramentels n'étaient pas essentiels. Leur lecture des Écritures les a convaincus que ni Jésus, ni ses apôtres n'avaient l'intention d'établir des rites spécifiques qui soient indispensables pour recevoir la grâce du salut.

C'est parce qu'ils se rendaient compte du besoin de célébrer et de nourrir les réalités spirituelles par des gestes symboliques appropriés que les premiers membres de l'Armée du salut ont signifié leur désir de conversion, d'engagement et de communion avec Dieu en s'agenouillant en présence de l'assemblée des fidèles à un endroit précis de leur prière, comme ils le font toujours. Après une période de formation, les premiers membres de l'Armée du salut, comme ceux d'aujourd'hui, étaient publiquement enrôlés comme soldats, symbole de leur apostolat, sous la bannière dont les couleurs représentent le sang rédempteur du Christ, le feu vivifiant du Saint-Esprit et la pureté de Dieu. Respectueux de leur héritage, les membres de l'Armée du salut ont un culte marqué par la simplicité et la sincérité, parce qu'ils croient qu'une vie sainte et sacrificielle est l'essence même du culte véritable dans l'Église de Jésus Christ. (W. Wilson)

Un point de vue de l'Église unie
Le baptême est l'un des deux sacrements de l'Église unie du Canada, sous la responsabilité des anciens et du clergé de chaque congrégation. Selon la tradition, il est le premier d'une série de trois rites initiatiques qui comprend le baptême, la confirmation et la première communion. Bien qu'il y ait toujours eu place pour les baptêmes d'adultes, les baptêmes des enfants des croyants ont été plus fréquents. L'emphase mise sur les enfants rappelle l'accueil favorable de ces derniers par Jésus, et signifie que tout le monde peut participer aux bienfaits de la Nouvelle Alliance. C'est pourquoi les membres de l'assemblée des fidèles promettent leur support en tant que « parrains » collectifs des candidats au moment du baptême.

Le Rapport sur l'initiation chrétienne (1980) ainsi que la liturgie, Baptême et renouvellement des promesses baptismales (1989), confirment notre tradition de « liberté ordonnée » dans l'exercice du culte et reflètent les accords œcuméniques actuels. Parmi leurs caractéristiques importantes, signalons :
  1. une préparation plus intentionnelle des candidats et de la congrégation ;
  2. l'importance accordée à la célébration du baptême pendant les offices religieux publics pour assurer la participation de l'assemblée par la profession de foi ;
  3. l'utilisation visible et généreuse de l'eau ;
  4. le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ;
  5. l'imposition des mains accompagnée par une prière à l'Esprit Saint ;
  6. l'espérance que les promesses du baptême mènent à un engagement dans la vie et la mission de l'Église, et au renouvellement liturgique de la foi baptismale.
De plus en plus, l'Église unie accueille les enfants à la Table du Seigneur. Cette coutume vient s'ajouter a notre pratique habituelle de " table ouverte ", et elle vient confirmer que le baptême est le principal rite de l'initiation chrétienne. (S. Beardsall et W. Kerwin).

MEMBRES PARTICIPANTS

DE LA COMMISSION FOI ET TEMOIGNAGE

Armée du Salut
William Wilson
Conférence des évêques catholiques du Canada
Hunter Brown
Donna Geemœrt
Arthé Guimond
Jean-Marie Tillard
Conférence mennonite canadienne
Lydia Harder
John Rempel
Convention baptiste de l'Ontario et du Québec
Das Sydney
Église chrétienne (Disciples du Christ)
Melvin Breakenridge
Église chrétienne réformée
George Vandervelde
Église anglicane du Canada
Alyson Barnett-Cowan
Don Thompson
Église luthérienne évangélique au Canada
Don Nevile
Église orthodoxe en Amérique
Connie Kucharczyk
Basil Zion
Église presbytérienne au Canada
Stephen Farris
Iain Nicol
Église réformée au Canada
Will Kroon
Société religieuse des Amis (Quakers)
Anne Thomas
Église unie du of Canada
Phyllis Airhart
Sandra Beardsall
William Kerwin
Hal Llewellyn
Conseil canadien des Églises
Donald Anderson
Nancy Cocks
Edith Shore

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